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alpine lifestyle
patrice angella
La montagne de proximité s’ouvre enfin aux 'homo citadinus', en version grand large. Elle cède aux assauts vivifiants d’une architecture régionaliste: place à l’esprit terroir, exit le folkore et le faux-vieux rustique, aux inconsistants paramètres... On vient si haut pour surseoir aux responsabilités, éliminer les pressions, faire le plein d’énergie. Esquiver cette vie d’overdose de temps compressés et de stress exponentiels. 'Back to the roots', c’est une tendance qui consiste à renouer avec notre humanité, à humblement repasser par la case nature. Les Alpes, en matière de régénérations, sont un coin de paradis para-urbain, propice aux évasions de proximité, pour les 'new greens' et bobos modernes. Les nouvelles constructions, en cet environnement, répondent à cette attente contemporaine et s’inspirent de la faune et la flore locales, de la force de la montagne, du souffle de la vallée, de la tranquillité, du silence. Elles font entrer la nature au coeur de l’architecture, transformant par exemple la petitesse des fenêtres de montagne en grandes baies vitrées, ou couvant jusqu’au sol les ailes d’un bâtiment. L’hôte devient spectateur, pas seulement de panoramas environnants, mais de spectacles et de clairières intérieurs. Inspirée, cette architecture régionaliste réhabilite les terroirs locaux, les allusions à la nature, à ses couleurs, ses structures. La roche, qu’elle s’extirpe de la montagne ou provienne des mouvements glaciaires, servira aux toitures en ardoise, aux revêtements de sol en granite du Simplon ou en pierres de Vals... Dans les veines des spas de ces nouveaux refuges d’altitude, couleront les eaux essentielles de sources ou de glaciers, symbole ultime d’une régénérescence orientée élévation de l’être. Quant à la terre, elle se servira à la carte de tel menu spa ou sera pétrie dans la texture de soins aux noms évocateurs. Le bois, matière écologique par excellence, habitera de manière brute, les charpentes, les façades et le mobilier. L’architecte qui s’aventure sur ces nouvelles terres d’altitude balayées par ce vent de renouveau, est obligatoirement candidat au mimétisme, car avant lui, d’ineffables savoirs ancestraux, revenus à la lumière, léguèrent leur dose de poésie et de magnétisme rural: comme le travail du verre typique d’Engstligental, la résurgence d’une ancienne gravure en attente de restauration, le meuble montagnard si typique. On fera appel aux artisans du cru et à la charge patrimoniale de leurs gestes. Peut-être devront-ils se plier à quelque abstraction, via cette cime esquissée en silhouette, alpestre allusion sur verre gravé? Qu’importe, car c’est grâce à ce courant que l’architecture des Walser et sa trilogie de fenêtres, les portes de granges d’Evolène, les effets de résilles des raccards valaisans, l’éclat vintage des bois de fermes mégevannes ou chamoniardes peuvent enfin revivre. On ira même jusqu’à réutiliser les restes de vieilles bâtisses, soigneusement démontées pour en extraire l’essentiel matériau. Evidemment, les designers succomberont aussi à ce 'mountain spirit': ici une paroi ajourée faite d’ombre et de lumière, une clairière suggérée par l’entrelacs de troncs stylisés en ajourage, là un découpage décoratif issu d’écorces de bouleaux et de sapins, suspendus tels des morceaux d’art contemporain. Leurs trompe-l’oeils, leur utilisation des tissus en feuillages stylisés ou formes géométriques, leurs tapisseries vivantes, seront habités par une âme terroir. Une aubaine pour les produits de la terre devenus objets de nouvelles célébrations, de sains rituels composés de recettes authentiques, de matières premières nobles. Ce torrent architectural irrigue d’anciennes coopératives, arrose les fiertés légitimes d’artisans oubliés, réhabilite les diversités d’une nature plus-que-paysage. Un flux-tendance bordé de champignons, de fleurs comestibles, de réglisses et fruits des bois, de viande bovine de Simmental ou d’Hérens…